C’est toujours étrange quand on a pensé quelque chose depuis longtemps et que tout d’un coup, sans prévenir, on entend des gens en parler. C’est d’autant plus étrange quand il s’agit d’une impression qu’on a depuis l’enfance. Ça m’est arrivé aujourd’hui en écoutant l’émission « Par Jupiter » de France Inter dans laquelle était invitée la musicienne Jennifer Ayache du groupe Superbus.
Les chroniqueurs et l’invitée discutaient de l’attrait qu’on peut avoir pour le rétro, notamment en matière de technologie. Ils ont ensuite parlé du dernier clip de Superbus qui a été tourné avec une caméra VHS par nostalgie. Mélanie Bauer a alors commenté : « y a un côté anxiogène […] dans la VHS », puis plus tard « même un truc joyeux, ça devient dérangeant ». Charline Vanhoenacker, elle, a ajouté : « y a une tension ».
J’ai toujours eu une relation ambivalente à la VHS. D’un côté, c’est les souvenirs des films regardés à la maison le weekend, chez mes grands-parents pendant les vacances, ou sur le temps de midi à l’école les jours de pluie. Puisqu’aucune de ces collections vidéo n’était astronomique, c’était souvent les mêmes films que je regardais encore et encore. Je me souviens même qu’avec mes cousins on trouvait hilarant de rembobiner la cassette à faible vitesse, car cela nous permettait de regarder le film à l’envers, et donc toutes les actions devenaient étranges et les gags plus drôles encore. On utilisait encore aussi la VHS pour enregistrer les émissions télés qu’on ne voulait pas manquer, ou bien celles qu’on souhaitait conserver. Je ne compte pas les fois où mon père m’a enregistré la Star Academy. J’ai également toujours adoré revisionner les films de familles enregistrés sur des VHS, bien que certains se soient fortement dégradés avec le temps.
Et pourtant, j’ai toujours eu un rapport tendu avec les cassettes vidéo. Déjà, il y a toujours eu cette crainte d’abimer la cassette, ou bien que ce soit le magnétoscope (c’est incroyable comme ce mot me semble daté !) qui la « mange » carrément. Combien de VHS a-t-on retrouvées inutilisables à leur sortie de l’appareil ? Mais, par-dessus tout, c’est la fin des cassettes que j’attendais toujours avec énormément d’appréhension. Dès que je sentais la fin du programme approcher, je me jetais sur la télécommande pour interrompre la lecture. Tout ça pour éviter ce que certains appellent le screen of death (bien que je ne sois pas sûre que ce terme s’applique bien ici, puisqu’il fait normalement référence aux écrans d’erreur des systèmes d’exploitation. Mais j’aime beaucoup la connotation lugubre de cette expression !).
J’ignore si c’est quelque chose de particulier au magnétoscope de mon enfance, ou bien à certaines cassettes en particulier, mais je me rappelle que, les rares fois où je n’ai pas été assez rapide, l’écran qui est apparu à la fin du programme était tout bonnement terrifiant. Des vagues grisâtres traversaient une étendue noire dans une bruit terrible. Une vision insoutenable pour l’enfant que j’étais, si bien que je m’arrangeais toujours pour arrêter la cassette juste avant. J’ai tendance à penser que ce genre d’angoisses irrationnelles rencontrées pendant l’enfance gardent une influence durable sur l’adulte qu’on devient.
Je ne sais pas exactement pourquoi cette représentation du passé et de sa technologie obsolète me met si mal à l’aise, au même titre que les locomotives et les horloges, entre autres. Dans ce cas précis, l’enfance représente en général une période idéalisée de bonheur et d’insouciance qu’on regrette à l’âge adulte, et je ne fais pas exception. Et pourtant, les images VHS restent profondément anxiogènes et dérangeantes pour moi. Lorsque mon œil perçoit, sans s’y attendre, leurs images d’une qualité médiocre, traversées de vagues, à la couleur et au son qui ont tendance à « dérailler », qui « sautent », c’est mon corps tout entier qui est parcouru d’un frisson d’effroi. Et il semble que je ne sois pas la seule à le ressentir.