S’il y a bien une exception culturelle américaine – dans le sens où ce pan de la culture américaine n’aura jamais vraiment franchi l’Atlantique – c’est la musique country.
J’ai toujours trouvé hallucinant de voir à quel point des personnalités aussi importantes que Dolly Parton, Tim McGraw ou George Strait sont complètement inconnues en France (et m’étaient moi-même inconnues avant l’âge adulte). Ces derniers – à part Strait qui n’est plus de ce monde – pourraient se balader dans n’importe quelle rue parisienne sans attirer la moindre foule alors qu’ils remplissent des stades en Amérique du Nord. Quoique Dolly Parton aurait peut-être du mal à passer inaperçue si elle conservait son look de scène… Et que dire d’une immense star comme Carrie Underwood, par exemple ? Ce nom qui est pourtant celui de la gagnante d’American Idol ayant vendu le plus de disques, bien avant Kelly Clarkson (grande amatrice de country également, mais qui est connue en tant qu’interprète pop-rock en France) ne fera pas ciller grand monde par chez nous, ni le nom de sa chanson « Jesus, Take the Wheel » à laquelle j’ai pourtant vu une allusion dans la série Gossip Girl par exemple. Quant à Nashville, à la CMT et aux CMAs, n’en parlons même pas. Inconnus au bataillon hexagonal.
Parmi les figures faisant exception (tiens donc, ce mot encore), on peut penser à Miley Cyrus et Taylor Swift ainsi que Shania Twain. Néanmoins, les deux premières ont surtout pu passer la frontière culturelle grâce à la culture Disney Channel et l’appétence du grand public pour les détails de leur vie privée. De plus, et c’est aussi vrai pour Shania, leur musique a été « popisée » afin de plaire davantage aux oreilles européennes. Le cas de Taylor Swift – phénomène musical que nul ne peut méconnaître désormais – est d’autant plus particulier que son véritable succès en Europe (au-delà de quelques titres comme « Love Story » ou « You Belong With Me » qui sont arrivés en version pop-rock) s’est fait une fois que son virage vers la pop, puis plus tard la folk, s’était déjà suffisamment amorcé pour faire oublier « Picture to Burn » et « Tim McGraw ».
Il est paradoxal que cette musique ne soit pas plus connue quand on voit la passion du public français pour les westerns et les cowboys, par exemple, et pour tout ce qui a trait à l’Amérique (et non les Etats-Unis, il y a nuance !) en général.
Par-delà cette ignorance, il y a aussi les clichés qu’inspirent le nom même de la musique. A son entente, les gens pensent « Cotton Eyed Joe », saloon, line dance, chapeau et bottes de cowboys et banjo. Pourtant, ce dernier avait, encore récemment, été mis au ban de la musique de Nashville car considéré comme trop ringard. Par ailleurs, la line dance – bien que liée historiquement à la country – ne s’y limite pas et n’est pas dansée par une part si importante des fans de country. Ne parlons même pas du saloon et des vêtements de cowboys. Quant à la musique en elle-même, elle n’est bien évidemment pas restée coincée dans les années 50. Et pourtant, pour qu’un artiste country passe la frontière, il faut qu’il soit réétiqueté « folk », « rock », « blues » ou à peu près n’importe quoi d’autre. Ainsi, tout le monde ne penserait pas forcément à y lier Johnny Cash, the Eagles ou Neil Young en France.
Evidemment, il y a aussi le fait que la culture country est particulièrement conservatrice et ségréguée, ou bien tout du moins qu’elle l’a été ces dernières décennies. Ségréguée, pour ne pas dire franchement raciste (pensez Beyoncé aux CMA 2016), misogyne (pensez traitement des Dixie Chicks en 2003) et homophobe (pensez Lil Nas X). Non pas que cela soit représentatif de tous, ni que ce soit une fatalité, bien évidemment, mais il est certain que le monde de Nashville s’est replié sur lui-même ces 25 dernières années. L’auditeur moyen – du moins selon les radios country, et donc l’auditeur pour qui elles conçoivent leur programme – est un homme hétérosexuel blanc qui vit au Sud et vote Républicains entre deux weekends de chasse et de fête à l’arrière de son pick-up.
Mais le succès incroyable d’« Old Town Road » ces dernières années ainsi que celui de Mickey Guyton et sa chanson « Black Like Me » sauront peut-être permettre la rédemption de la country et son rayonnement au-delà des frontières américaines…