16/07/2019 – Les châteaux
J’ai longtemps été passionnée par les châteaux étant petite. (Par ailleurs, j’ai toujours du mal à écrire « bateau » et « château » ; je dois toujours me demander lequel prend l’accent. Seul le passage par l’anglais m’aide.) Je me jetais sur n’importe quel livre parlant des châteaux forts et dévorais les descriptions de la vie quotidienne au Moyen-Âge. (Encore un mot auquel je ne sais jamais si je dois mettre des majuscules ou non, un tiret ou non, un accent ou non. Est-ce correct de mettre des accents sur une majuscule ?)
Cette passion s’est quelque peu estompée avec les années. Mais j’aime toujours visiter des châteaux de temps en temps. J’ai réfléchi aujourd’hui au sens que ce mot pouvait avoir pour moi. Et il se trouve que les châteaux ont eu leur importance dans ma vie. Seulement pas ceux qui pourraient paraître les plus évidents.
Le premier château de mon enfance, au-delà des châteaux moyenâgeux, est celui de Dammarie-les-lys, communément appelé le Château des Vives-Eaux. Ou plutôt non. Son nom le plus commun serait Château de la Star Academy. En effet, la société de production Endemol a été locataire de ce château situé à une trentaine de kilomètres de chez moi. Et le château était véritablement le symbole de l’émission. Moi qui rêvais devant ma télévision de faire partie de cette grande « aventure », comme ils ont le goût de décrire leurs programmes, ce château représentait pour moi le lieu le plus magique qui puisse être, celui où les espoirs de succès et de célébrité pouvaient se réaliser. Bien sûr, avec le recul, je me rends compte que la notoriété et le succès apportés par une participation à la « Star Ac’ » était toute relative.
Un deuxième château qui a une charge symbolique importante pour moi est celui de la ville d’à côté de chez moi – celle où j’ai été au collège et au lycée – le château de BCR. Je ne me rappelle plus la première fois où j’y suis allée, mais je me souviens avoir assisté à la fête médiévale de la ville au moins deux fois avant d’entrer au collège. Mais c’est véritablement au collège que le château est devenu un lieu à la fois familier et exotique. C’était l’endroit où nous finissions toujours lorsque nous allions nous balader « dans brie » lorsque nous avions une heure de perm ou bien lorsque la cantine faisait grève. Cet endroit souvent désert en semaine, bien à l’écart du collège, était synonyme de liberté, synonyme du temps de l’insouciance passé à faire des bêtises sans gravité et dépenser nos économies en bonbons et grecs. Ce lieu a largement perdu de son importance lorsque je suis entrée au lycée et que nous pouvions désormais sortir au McDo et au Hyper U. C’est seulement depuis ce moment-là que j’ai enfin commencé à le considérer comme ce qu’il est réellement : un château médiéval en ruines.
Le troisième château est celui de Disneyland Paris. C’est un château qui n’en est pas vraiment un, fait de carton-pâte, comme diraient certains qui affectionnent Baudrillard. Mais si la magie qui l’habite est toute relative – et commerciale – ça n’empêche pas qu’il revêtît, pour moi, une symbolique émotionnelle toute particulière.
C’est le symbole du Parc Disneyland (par opposition aux Walt Disney Studios qui ont pour symbole la Tour Earfell) et il reste de très loin le monument du parc le plus photographié. On y voit tous les influenceurs posant de manière absurde, entre autres… C’est aussi le symbole de Fantasyland, mon lieu de travail (ma « location »). Je n’ai jamais travaillé dans le château lui-même mais je pouvais l’apercevoir depuis mes postes de travail et j’y passais au moins deux fois par jour sur la route pour aller manger. J’ai aussi passé des heures sur son pont lorsque j’étais en « position pont parade », c’est-à-dire lorsque j’étais en charge de la surveillance des visiteurs situés sur le pont du château lors de la parade quotidienne. Une tâche appréciable car elle permettait de faire une pause loin de l’attraction et de son rythme soutenu, mais aussi désagréable car il s’agissait de faire la police et d’aller « casser les pieds » aux gens qui ne respectaient pas telle ou telle règle de conduite. Il était rare de s’en sortir sans soupir ou reproche.
Pour moi ce château si original (c’était le premier château Disneyland auquel on a volontairement donné un aspect plus féérique car l’Europe, peuplée de châteaux médiévaux, avait besoin d’un peu plus que les Etats-Unis. Les Imagineers se sont notamment inspirés du mont Saint-Michel) représente vraiment l’identité de Disneyland Paris en tant que destination particulière, différente des autres parcs Disney. Quand je le regarde, je suis replongée dans l’ambiance si singulière de ces journées de travail.


