Sick Degrees of Separation

*

I closed the door and deleted your number
I went quietly, no more Mondays at eight
‘cause on the threshold I saw you hesitate
Now though we must live just like strangers
I can’t bring myself not to count
On another delusion to mount

*

I’d look up and you were all I could see
Five-letter words scrawled under bleachers
(Alright, four, now shut it, math teachers)
I couldn’t help it, it was just so easy
To add it all up, spread it around
I covered it up, took it all down

*

I wouldn’t learn to leave it alone
Always three cheers to spare
On my driest days of despair
I’ve never been one to tag along
Yet I followed you to the nines
And you lost me every time

*

Yet I waited and wasted away, my dear
And my fate is faded in grey, I fear
That hateful asymmetry
The lines have gone dead
And you, always twelve steps ahead
And your reasons, x and y and z

*

And I still wash up on those broken heavens
Craving their quickest fixture
Everything is at sixes and sevens
Stealing what wasn’t there is no theft
Subtract all that away and what’s left?
Go figure

*

There isn’t much left to do
When the result is always fifty-two
If I still miss it, why can’t you?
Pink paint bleeds into blue
Feelings that I can’t undo
Waiting, waiting

My Heart Is

xxxx

A question
Mark
My words
(Wasn’t it cats and cockroaches?)

*

Not cockroaches, but cobwebs
In the rain, and I’m always in the wrong
Lane
(It’s driving me insane)

*

Stop it I can’t think yet
I think too much
With all these voices in my head
(“Sorry, I’m not home right now”)

*

What
You think you’re special/think
You’re something else?
(insert canned laughter)

*

It’s late and I’ve been overanxious and
I’ve probably been watching too much Friends
But living twenty-five years ago is such a comfort
(Has life always been this way?)

*

They had cable and answering machines
And probably not as much empty space
To fill with doubts
(My insides are blue)

*

Maybe all rine and no heart
Will be the answer for now
Vacating the premises
(“Leave a msg and I’ll call you back”)

24/06/2020 – L’attente

J’ai lu récemment que la chanson “School’s Out” d’Alice Cooper avait été écrite en réponse à la question « Quelles sont les trois meilleures minutes de ta vie ? ». Pour lui, les deux meilleurs moments de l’année sont le matin de Noël quand on se prépare à ouvrir ses cadeaux, à cause du sentiment d’avidité que nous partageons tous, et les trois dernières minutes du dernier jour d’école quand on est assis à attendre la fin du décompte. Il a cherché à capturer l’essence de ces trois minutes en écrivant la chanson. Ce qu’il suggère, en gros, c’est que le moment d’anticipation d’un événement plaisant est finalement plus plaisant que l’événement lui-même.

Ça me rappelle mes cours de philo de Terminale sur la question du désir. Mon prof avait sa métaphore favorite pour expliquer cette idée : il disait que le meilleur moment quand on va voir une prostituée c’est le moment où l’on monte les marches pour la rejoindre. J’ignore s’il parlait d’expérience. Mais c’était toujours assez drôle comme exemple, surtout quand il se faisait interrompre par un surveillant venu innocemment transmettre une information.

Ça me rappelle tous ces écoliers, collégiens et lycéens qui étaient si heureux d’apprendre la fermeture de leurs écoles en mars. Malgré l’angoisse de la pandémie à venir, ou peut-être justement à cause de cela, c’était sans doute le meilleur moment de tout le confinement pour eux. Le début de cette longue période qu’ils s’imaginaient sans doute comme des vacances inopinées. Les pauvres ont dû bien déchanter…

Je repense régulièrement à cette idée de la primauté de l’anticipation, et je pense qu’elle est assez juste. (Bien que je n’aie pas l’expérience des clients de prostituées…) La meilleure comparaison, en ce qui me concerne, elle est avec le soir de Noël. Car oui, en Lorraine, c’est le soir du 24 qu’on échange les cadeaux (en général) et non le matin du 25. Des mes (bientôt) 24 années d’existence, il n’y a pas un seul Noël que j’aie passé ailleurs que là-bas. L’événement est donc extrêmement ritualisé pour moi.

Mon moment préféré, c’est la messe de Noël. Déjà car elle a lieu dans cette église que je connais depuis mon plus jeune âge et à laquelle je suis attachée d’une manière indescriptible. Ensuite car j’aime beaucoup les chants de Noël, justement car ils me rappellent ces moments de grand bonheur passés en famille. Et puis ce que j’aime surtout c’est ce moment d’anticipation : j’ai à la fois hâte que la messe se termine, et en même temps j’en savoure chaque seconde qui, je le sais, mène au repas du réveillon et à l’ouverture des cadeaux. Et en plus, cette messe a le mérite d’être très ritualisée. Alsace-Moselle oblige, la messe se termine toujours de la même manière, et cela remonte au moins à la jeunesse de ma mère : les lumières de l’église sont éteintes, une par une, et dans le noir, dans le froid que peut-être je ne fais qu’imaginer, enveloppée dans mon manteau d’hiver, dans cette atmosphère si délicieuse et indescriptible de Noël où tous les sens sont convoqués, on se met à chanter Douce Nuit, d’abord en français, et puis en allemand, Stille Nacht. Et tous les ans c’est la même chose, : on est arrivés trop tard pour avoir les dernières feuilles de paroles et je suis toujours incapable de me rappeler des paroles allemandes. Alors je chante en français et puis j’écoute la mélodie. Ce laps de temps, c’est pour moi la quintessence de Noël. Le moment d’attente et de plaisir le plus fort de toute l’année. Ce moment auquel je repense toujours de manière prospective, rétrospective et présente à la fois.

Cette préférence pour l’idée de quelque chose plutôt que pour la chose elle-même, il m’arrive régulièrement de la retrouver quand j’écris. Souvent, le moment le plus excitant c’est quand l’idée me vient, ce qu’on aime appeler l’inspiration. Là je m’emballe et je prends pleins de notes, chaque idée en appelant une nouvelle. Mais lorsqu’il s’agit de mettre les choses en place, de les figer en texte, là je déchante complétement. Je reste souvent bloqué sur une phrase ou sur un mot en particulier et je finis par passer à une autre activité pour n’y revenir que beaucoup plus tard. Bref, je procrastine. Car il m’est plus facile d’aimer l’idée derrière un texte que la production finie.

C’est peut-être mon problème : mon imagination s’emballe à un point qui fait que je prends plus de plaisir à contempler certaines choses qu’à les vivre. Que mes attentes restent bien hors-de-portée de la réalité. Je ne sais pas. Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’être une personne malheureuse, juste une personne assez contemplative, qui vit beaucoup de choses « dans sa tête ». Est-ce le cas pour tout le monde ? Est-ce qu’on est tous condamnés à mettre plus d’espoir ou de d’attentes dans certaines choses qu’elles ne le méritent ? Ou bien est-ce que c’est cela justement qui nous permet d’apprécier certaines choses, au-delà de l’éphémérité du moment ? Peut-être que c’est comme cela que l’être humain fonctionne, qu’il donne du sens à sa vie. Ce sont mes attentes de ce jour de Noël qui font que je peux donner du sens (au-delà du religieux) à cette période de l’année, que je peux me représenter mes liens familiaux, que je me sens fière d’être Catholique (malgré mon dégoût profond pour le Vatican et la Manif pour tous).

Est-ce un triste constat ? (Sur la photo, prise à Berkeley, le chemin est magnifique, mais la destination, une poubelle, ne l’est pas tellement.) Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est qu’à l’instant où j’écris ces mots, je me prépare à manger des crêpes pour le dîner. La pâte est prête dans le frigo, la crêpière est déballée, la table est presque mise. Je meurs d’impatience (et de faim), et en même temps je voudrais que cet instant dure toujours. J’y suis bien.

09/01/2020 – L’appropriation

Cela fait un moment que je pense à écrire sur ce sujet, et je m’y mets enfin, à un moment où je me sens suffisamment ébranlée, suffisamment déstabilisée par certains événements pour que ma sensibilité littéraire ait atteint son paroxysme.

Il y a des phrases – ou plutôt des fragments – qui me collent à la peau. Je les rencontre souvent un peu par hasard, et ils n’ont pas forcément un sens si fort dans leur contexte d’origine. Mais arrachés à ce contexte, ballottés par les flots – et bien souvent reflux – de mes pensées, ils deviennent autre chose. Sans forcément que la raison en soit évidente, ils deviennent pour moi soit la caractérisation parfaite de ce que je vis ou ressens, soit un mantra, soit encore une image d’une grande poésie.

Parmi ces nombreuses phrases qui me restent en tête, un premier exemple, issu d’une chanson intitulée « Saluto l’inverno » par la musicienne italienne Paola Turci. Cette chanson, comme je l’interprète, traite de l’univers des rêves et du caractère spécifique des rêveurs. La phrase « Tra il cielo e l’inverno » est une que j’affectionne tout particulièrement. « Entre le ciel et l’hiver » littéralement. Mais je crois aussi y lire un jeu de mot avec le mot « inferno » : « entre le ciel et l’enfer ». J’ai du mal à expliquer exactement pourquoi ce fragment me fascine, en dehors du jeu de mots. Peut-être est-ce parce qu’il décrit un état liminaire, un peu comme la chanson elle-même traite de cet état entre l’éveil et le sommeil, entre le conscient et l’inconscient.

Autre exemple. Aujourd’hui, j’ai lu un poème de T.S. Eliot intitulé « The Love Song of J. Alfred Prufrock », dont j’avais entendu parler précédemment dans un article qui le présentait comme le poème ultime sur le thème du flâneur. (J’ai beau avoir fini mon mémoire depuis maintenant six mois, je dois encore me retenir pour ne pas mettre le mot « flâneur » en italique !) J’ai enfin lu ce poème, une semaine après l’article. Bien que je reconnaisse sa valeur et la qualité de sa composition, je dois bien admettre que ce poème n’a pas été une révélation pour moi. En revanche, alors que je me préparais mentalement à écrire sur ma situation personnelle quelque peu morose, une phrase m’a sauté aux yeux : « I do not think that they will sing to me ».

Cette phrase, dont j’ai déjà oublié le contexte qui n’a que bien peu d’importance pour moi, m’a semblé correspondre parfaitement à mon état d’esprit de ces derniers jours : stressée, déprimée, pessimiste. Elle représente à la fois mon impression que l’avenir proche ne va pas être plaisant, et mon sentiment d’injustice lié à cette situation particulière qui me met sur un pied d’inégalité par rapport à ceux desquels je devrais être l’égale. Elle me fait penser à l’idée d’un futur heureux et plein d’espoir (type « lendemains qui chantent ») mais niée par le narrateur. « Je n’en ferai pas partie », « il n’est pas pour moi, cet avenir radieux ». Voilà ce que j’y lis au moment présent. Il est bien possible que cette phrase m’ait plu dans d’autres circonstances également. Il y a quelque chose qui me touche profondément dans cette formule, dans ce qu’elle suggère, bien au-delà de ce que j’y inscris en tant que lectrice. Si j’adhère aux thèses d’Iser, je ne suis pas une extrémiste pour autant. Je sais reconnaître sa valeur au langage, à l’auteur et aux possibilités de composition littéraires. Mais, parce que je l’ai lue à ce moment précis, elle figurera dans mon futur écrit (peut-être un poème ?), et elle me restera encore longtemps en tête, quitte à me hanter, même, en ces prochains jours d’incertitude.

Qui a dit que l’appropriation était un phénomène négatif ? Je crois que c’est une des plus belles choses que l’humanité connaisse. L’appropriation est à la base de toute forme d’art, dans cet immense partage intemporel qu’est la culture humaine.