07/03/2020 – Trying not to obsess about it

Alors que je marchais autour du lac Merritt, une phrase entendue au hasard m’a inspirée, et puis je me suis imaginée en quarantaine pour le coronavirus, comme cela risque d’arriver bientôt.

Je n’ai réussi à écrire que des fragments :

Ne voir du monde que son reflet

A la surface d’une flaque d’eau

Se pencher à la fenêtre

Pour n’en percevoir que les échos

*

“Whatever. I’m trying not to obsess about it.

And failing, obviously.”

When the world ends, at least

I will have had my words

*

In questi tempi di fame

Per qualcosa più grande

Per una forma di fede

L’unica cosa che c’è

È il cielo sopra di noi

Il cielo sopra di noi

Il cielo sopra di noi

Il cielo sopra di noi

Il cielo sopra di noi

*

Trying to hold onto me

I can’t hold onto me

Down Post Avenue at Night, Alone

It’s only a forty minutes’ walk
But it’s a lot for most Americans
Even I rarely walk that much in Paris
Here it’s dangerous

I just saw Parasite
I don’t know if it’s because it’s still lingering in my brain
But I feel like this is not real life
Like I’m not me
Like I’m playing role

No one here knows who I am
I could be one of those wealthy San Franciscans
Or one of those poor people
But really neither
I’m something in between
Lost in the nothingness of that betweenness

Walking alone, among these people
Only stopping at red lights
I feel like I know what it’s like to be in the margins
To be slipping through the cracks

The streets are different than during the day
Even though they’re the same
There’s a different vibe
They’re mostly empty, quiet somehow
Only a few homeless people here and there
I wonder if people think I’m one of them
Because of the way I’m dressed – a hoodie, converse shoes
Because I’m walking alone in the night

I don’t want to seem like one of them
So I hold my head up high
And try to look curious and amused by my surroundings
To show how exotic it all is
And how I don’t belong here, I’m just passing through
They’re drunk, high, crazy
They can’t walk straight
And I remind myself that I’m a girl, young, white, blond
People can see I’m not one of them

There’s bread on the floor
Don’t step on the bread, he says
The joke doesn’t come at first
And then it’s the English that doesn’t
(We) don’t wanna make it dirty, I say
I wonder if he heard my we,
Or if he just thought I was the subject in this sentence

Then I reach a richer place
Bars, music, people outside on the phone
Eating, drinking, having fun
I think of the flood in the movie
And the rich family’s party on the next day
Two worlds apart, neatly separated
When they really are juxtaposed

A collage
The only way art can try to not be artificial
When it is being its most artificial
To reveal that all boundaries are artificial

You can try to stop things from overflowing into one another
You can draw lines
But you can never forget
That all things must converge
And so I make them converge
Because then I become the glue
That holds it all together
Then I’m not crazy
Merely post-modern

I think of my mind, my I/eye
As a filter
For some reason this reminds me of a cigarette
Are my thoughts my own poison?

People speak French
You tèking ze kèze?

I pass by the Academy of Art University
It looks fancy enough, like the other buildings here
There’s a homeless guy sleeping at the entrance
I think that it really represents the city of SF
The violence of inequalities
Like in the movie
The way we constantly collide
How it will end badly
It’s the only way
I see Hermès
And remember we are no different in Paris

I reach Montgomery Street
Finally
It’s late

Having fed my hungry eyes
And worked up my restless mind
I made it to the bus
That’ll take me safely
Back to Oakland

16/05/2019 – Courte promenade

J’ai été à la pharmacie à pieds car il fait relativement beau.

En arrivant au croisement des deux ponts, un adolescent est arrivé à ma gauche. J’étais d’autant plus mal à l’aise qu’il y en avait 3-4 autres assis à côté de l’arrêt de bus. Je suis toujours mal à l’aise quand je suis seule et que je rencontre des adolescents que je ne connais pas. Un effet secondaire du collège j’imagine. J’ai donc sorti mon téléphone pour ne rien faire.

J’ai continué à marcher derrière l’adolescent sans trop me rapprocher. J’ai remarqué, pour la première fois depuis longtemps, qu’ils avaient accroché de véritables filets aux paniers de baskets du stade, enfin celui qui reste. Le jaune, celui de mon enfance. Pas celui qu’ils ont rajouté dans le city-stade. Celui qui me paraissait si haut à l’époque, et maintenant un peu moins. Mais un peu quand même, vu ma taille. Je me dis que ces enfants qui jouent et moi n’aurons pas la même enfance, nous n’avons pas connu le même village.

Nos chemins se séparent quand je tourne à gauche pour prendre le petit pont que j’ai pris tant de fois avec ma nourrice et que lui continue sur le chemin qui longe le ru. En passant dans l’étroit chemin entre différentes maisons, je me rappelle quand j’y passais pour aller donner mes cours derrière l’église. J’étais toujours en retard. Je me fais la réflexion qu’on va peut-être se recroiser avec l’adolescent car il m’a semblé qu’il tenait des baguettes de batterie dans la main, et se dirigeait donc vers l’école de musique.

Il y a une fille qui va se garer derrière l’église. Puis soudain elle fait demi-tour. Je la traite de « pauvre conne » dans ma tête puisqu’il s’agit d’un sens unique. Mais en fait elle ne faisait que de se garer sur la place la plus à gauche.

Il y a plusieurs personnes devant moi à la pharmacie. Quand c’est mon tour, je me demande, comme souvent, si la pharmacienne me reconnait, si elle reconnait mon nom sur l’ordonnance. Alors qu’elle commence à me demander si je connais la pilule – sans doute car je ne portais pas de maquillage et mes converses ainsi que mes vêtements devaient la faire me visualiser plus jeune que je ne suis – je crois qu’elle va me demander si je connais le Docteur R. (ma mère, au même nom que moi, qui m’a fait l’ordonnance), et je mets donc une seconde de trop à lui répondre.

En repassant derrière l’église, je jette un coup d’œil à la maison où je donnais les cours (je ne me rappelle plus le nom de l’élève). Je me souviens qu’à ce moment-là ils n’avaient pas encore de portail. Je vois qu’ils en ont bien un désormais, il est très banal. A ce moment-là, un homme noir débouche sur la gauche de la maison. J’espère qu’il ne croit pas que je le regardais. Je jette un dernier regard à la maison comme pour l’en assurer.

Je me demande s’il ne serait pas plus court de passer par l’école de musique. Mais je préfère l’autre chemin. Il a une histoire pour moi, il me semble avoir passé mon enfance à le traverser. L’autre n’existait pas à ce moment-là, il n’a été créé que lorsque j’étais en seconde.

En repassant dans le stade, je vois qu’ils ont coupé ses cheveux à l’arbre à aiguilles qui pousse vers le sol (une recherche Google ne m’a pas permis d’en déterminer le nom). C’est vraiment l’expression qui convient, la coupure nette et droite ressemble à celle d’un coiffeur. Il est bien moins effrayant désormais ! Mais il est toujours là, comme quelques autres marques de mon enfance.

Je me dis que j’aime cela, me promener et penser à ce que je vois autour de moi, au monde, et à moi. Et au langage aussi. Je me sens comme Lerner, comme ses narrateurs-flâneurs. Ça me plait. C’est dans ces moments-là, notamment, que je réalise à quel point j’aime ma solitude. Je me rappelle mes promenades dans Oxford.

En arrivant devant l’école, je remarque trois adolescents derrière un des conteners. Je ne sais pas exactement ce qu’ils font mais c’est une bêtise puisqu’ils n’arrêtent pas de regarder autour. En m’approchant, je sens que mon regard les met mal à l’aise. Puis l’un donne un coup de pied dans le contener et l’autre commence à en arracher l’étiquette. Je me retiens de rire de façon trop ostensible. C’est tellement bête et inutile. Etais-je aussi bête et inutile à leur âge ? Oui, évidemment. Je me rappelle quand nous nous « amusions » à écrire au marqueur indélébile sur des camionnettes blanches. C’était complètement inutile. On n’en connaissait pas les propriétaires et on n’allait jamais les rencontrer. Ça n’avait vraiment aucun sens. Alors pourquoi ? Pour montrer qu’on pouvait le faire, qu’on en avait l’audace. Je me sens si stupide toutes ces années après, presque dix. Puis je me dis que c’est peut-être ça l’adolescence : faire des choses qui n’ont aucun sens. D’où la présence ironique de /sɑ̃s/ dans ce mot…

Et je me dis que je devrais l’écrire, cette promenade, en rentrant.