La fin de The 100 et Lexa

Ça y est, la série The 100 s’est terminée, au terme de sept saisons et de nombreuses polémiques. Je ne sais pas trop quoi penser. Cette série je l’ai tant aimée à ses débuts (en particulier la saison 2) puis elle m’a tant déçue, jusqu’à ce que j’en arrive à un état ressemblant à l’indifférence. N’ayant pas vu les saisons 5, 6 et 7, je ne peux pas me prononcer sur la qualité de cette fin par rapport aux intrigues développées dans ces saisons ou aux évolutions des personnages. Mais elle a fait rejaillir certains débats.

Ce que certains ont qualifié de « problème avec The 100 » a commencé avec la mort du personnage de Lexa dans la saison 3 : commandante des 12 tribus natives et love interest de Clarke. Celle-ci est tuée par une belle perdue venant de son propre conseiller au moment où elle venait tout juste de consommer sa relation avec Clarke après des mois d’attente. Une mort particulièrement soudaine et choquante d’un point de vue narratif, mais aussi douloureuse pour les fans du personnage. Ce qu’on a reproché, par-dessus tout, à cette mort c’est qu’elle s’inscrivait dans une bien triste tradition : celle de la mort des personnages LGBT, et en particuliers des personnages de lesbiennes, qui ne seraient pas considérés indispensables, contrairement à des personnages cisgenres et hétérosexuels. La mort de Lexa a été suivie d’une indignation et surtout d’une mobilisation sans précédent sur les réseaux sociaux qui ont permis de mettre le problème en lumière et de remettre en question de nombreux codes narratifs.

Certains (dont moi d’ailleurs, au début) ont comparé la mort de Lexa à celle de Tara dans Buffy the Vampire Slayer. C’est vrai qu’elles se ressemblent beaucoup sur le papier : Tara venait tout juste de se réconcilier (physiquement) avec Willow quand elle a reçu une balle perdue par la fenêtre de leur chambre et qu’elle s’est écroulée dans ses bras. Néanmoins, pour moi, la comparaison s’arrête là. Aussi triste que soit la mort de Tara, je pense qu’elle s’inscrivait dans l’arc narratif de Willow, qui devait d’abord pousser son addiction à la magie le plus loin possible – et cela ne pouvait se faire qu’à travers le plus grand malheur possible pour elle – avant d’entamer sa rédemption. De plus, Joss Whedon est coutumier de ce genre de mort inattendues et choquantes (Jesse, Jenny, Kendra, Doyle, Cordelia, Fred, entre autres). Des morts qui sont aussi critiquables pour un tas d’autres raisons mais qui révèlent au moins une absence d’homophobie. C’est-à-dire que la mort de Tara n’a rien à voir avec l’idée qu’on puisse se passer d’un personnage LGBT, qu’il serait sacrifiable. A priori, elle serait tout de même morte si Willow était un homme, ou bien si elle-même avait été un homme qui sortait avec Willow. Le fait d’inclure Tara dans le générique de cet ultime épisode est certes particulièrement cruel, mais rien de choquant dans le Whedonverse où c’est souvent lorsque les personnages sont le plus heureux et/ou le plus prêts d’atteindre leur but qu’eux ou leurs proches meurent.

La différence, pour moi, c’est avant tout le contexte. Quand Tara est apparue sur les écrans américains en décembre 1999, les relations homosexuelles à la télévision étaient rares, qui plus est entre deux femmes. Elles étaient plus souvent uniquement suggérées, ou bien elles concernaient des personnages très secondaires, ou bien elles étaient traitées de manière comique et légère, ou encore elles étaient représentées comme très éphémères, et puis les personnages homosexuels étaient aussi très stéréotypés. Le plus souvent il y avait un peu de tout ça à la fois. Et puis Tara est arrivée.

Dans ses premiers épisodes, Tara était représentée comme très timide et peu sûre d’elle. Un personnage qu’il était difficile de ne pas apprécier, mais qui ne représentait, pour le moment, qu’une nouvelle amitié pour Willow. Car, 1999 oblige, l’hétéronormativité était partout, presque indiscernable d’ailleurs, et personne n’imaginait autre chose. Ou personne ne voulait l’imaginer, et en particulier la chaine WB qui ne voulait pas perdre de l’audimat et des revenus publicitaires. Les scénaristes ont donc été obligés de ruser. Je suis toujours assez impressionnée par la manière dont notre découverte d’une relation romantique entre Willow et Tara accompagne cette même découverte par les autres personnages, voire celle de Willow elle-même. C’est fait de manière plutôt subtile et élégante et, bien que cela soit forcé par la crainte de la censure, je trouve que ça a le mérite de valoriser la relation. Elle ne devient explicite (sort of…) qu’avec l’épisode où Oz fait son grand retour. La façon dont les choses sont amenées dans cet épisode est évidemment critiquable (et le YouTuber Passion of the Nerd la critique très bien) mais le fait est que leur relation est désormais officiellement établie. Oz et Tara ont été mis sur un pied d’égalité du point de vue de leur légitimité à avoir une relation amoureuse avec Willow et ni l’un ni l’autre n’en sort dévalorisé ou out-of-character. (Je me demande d’ailleurs s’il y a beaucoup de fans de Tara qui n’aiment pas Oz, comment est-ce possible de ne pas l’aimer ?)

Suite à cela, même si elle n’a jamais officiellement fait partie du casting principal de la série, l’appartenance de Tara au Scooby Gang est vite devenue indéniable (bien plus que pour Riley qui apparaissait pourtant au générique !). Petit à petit, elle a été incluse dans des intrigues qui ne concernaient pas Willow directement et elle s’est même beaucoup rapprochée de Buffy. Son personnage a énormément gagné en confiance (ce que le jeu d’actrice d’Amber Benson illustre parfaitement) et elle est devenue un des personnages emblématiques de la série.

Je retiens donc que les scénaristes se sont battus pour montrer cette relation à l’écran à une époque où c’était particulièrement difficile. Ils n’ont pas cédé aux pressions extérieures, se contentant simplement de contourner la censure, jusqu’à ce que l’arrivée sur UPN ne les en affranchisse. Dès le début, et malgré les difficultés, la relation a eu de l’importance et a été montrée à l’écran de manière à la rendre légitime et à l’éloigner des clichés. (D’ailleurs beaucoup de gens s’étonnent toujours quand on souligne que le premier baiser entre Tara et Willow – un baiser très chaste – n’a lieu que dans l’épisode 16 de la saison 5, tant ils s’étaient déjà habitués à la relation.)

Si on résume, Tara et Willow c’est deux saisons et demie de relation, une relation qui n’est jamais montrée ni de manière trop innocente (une fois qu’on s’est débarrassé de la WB), ni de manière spectaculaire ou fortement sexualisée (à part dans l’imagination de Xander bien sûr). Bref, une relation des plus normales, au même titre que celles des autres personnages ou que celle que Willow avait eue avec Oz. Une relation qui a des hauts et des bas et rencontre les mêmes problèmes que toute relation amoureuse hétérosexuelle.

Certes, la mort de Tara a été extrêmement violente pour les fans et je comprends que certains en veuillent encore à Joss Whedon. (J’ai eu de la chance, bien peu de morts dans BtVS et Angel m’ont surprise puisque j’ai commencé à regarder en 2011.) Mais, fondamentalement, la mort de Tara a une signification bien différente de celle de Lexa. Tara ne semble pas avoir été tuée sur un coup de tête ou parce que les scénaristes ne savaient pas quoi faire d’un personnage qui devait quitter la série. Tara n’a pas été tuée parce qu’on pouvait se passer d’elle mais justement parce que rien ne pourrait détruire Willow plus que sa mort (certains pourraient parler de fridging ici). Et, surtout, sa mort ne venait pas contredire ce que la série avait accompli jusqu’ici. En 1999, il était totalement hors de propos de parler de queerbaiting. Bien au contraire, porter un personnage LGBT à l’écran était un acte plutôt courageux. Tara n’est certes plus, mais elle a ouvert le chemin pour de nombreux autres personnages et c’est cela l’héritage qu’elle laisse derrière elle.

A l’inverse, consciemment ou non, l’existence du personnage de Lexa a considérablement nourri la popularité de The 100. Beaucoup ont parlé de queerbaiting dans ce cas : on montre un personnage LGBT, ou on joue sur l’ambigüité d’une relation, parce qu’on sait que ça va faire venir les fans. Car ce problème de la mort de Lexa est intimement lié à la relation entre la série et ses fans. En effet, dès que la possibilité d’une relation entre Lexa et Clarke a commencé à se profiler, deux camps semblent s’être formés chez les fans (bien sûr pas chez tous, et heureusement !) : les pro-Lexa et les pro-Bellamy.

Alors que beaucoup espéraient que Clarke finirait avec Bellamy (à juste titre quand on pense aux livres), tout d’un coup apparaissait une autre possibilité. Une possibilité qui réjouissait de nombreux fans et qui encourageaient beaucoup de gens à s’intéresser à la série. Jusque-là, pas de problème. Mais les guerres entre fans d’un ou de l’autre couple et les questions de ce qui est canonique ou non ont mené à un antagonisme absolument déplorable entre les deux camps. Chacun provoquait l’autre à coup d’arguments souvent ridicules quand on se rappelle qu’il ne s’agit « que » d’une série télévisée. Quand est intervenue la mort de Lexa, certains ont été galvanisés, d’autre se sont sentis trahis, et, plus que jamais, la haine s’est répandue entre les deux camps, sur des fonds de biphobie. Comme si la mort de Lexa démontrait qu’elle n’était pas l’amour de la vie de Clarke, car elles n’étaient pas endgame ; et comme si la possibilité que Clarke finisse avec Bellamy, en cohérence totale avec sa bisexualité, niait la valeur de sa relation avec Lexa. Et évidemment la mort de Bellamy, il y a quelques semaines, n’a pas arrangé les choses. Certains s’en sont montrés satisfaits, la considérant comme une revanche… Je n’aime pas prendre parti dans cette affaire car je suis parfaitement dégoûtée par toute la haine que j’ai pu lire à ce sujet. Néanmoins, je trouve que c’est une erreur de mettre les deux camps dos-à-dos comme s’il s’agissait simplement d’une shipping war. Pour moi, cela va beaucoup plus loin.

Je comprends tout à fait la douleur et la colère des fans de Bellamy à la fin de la série. Bien que je n’aie pas regardé la série depuis environ la fin de la saison 4, j’ai cru comprendre que sa mort aurait été totalement évitable, ou en tout cas pas forcément cruciale à l’intrigue. Ces fans pleurent un personnage qui a beaucoup compté pour eux pendant sept ans, qui a mûri sur leurs écrans, et qui est mort de manière plutôt inutile et qui plus est tué par sa meilleure amie (ou plus, on ne saura jamais). Leur indignation est tout à fait justifiée. Je trouve en effet que Jason Rothenberg semble prendre parti dans cette dernière saison, vouloir « venger » la mort de Lexa par celle de Clarke, comme si tout d’un coup tout le monde serait content, sauf qu’en fait personne n’est content. Si ça a été fait avec ces raisons-là en tête, c’est d’une stupidité inqualifiable. D’autant plus qu’ils nous ont beaucoup rabâché que la mort de Lexa faisait sens au vu du scénario et qu’elle était nécessaire.

Néanmoins, certains ne comprennent pas la portée du personnage de Lexa et de sa relation avec Clarke qui vont bien au-delà de celle d’un personnage de série « classique ». Ils n’ont pas forcément la culture qui puisse leur permettre de comprendre à quel point le personnage de Lexa était exceptionnel en termes de représentation. Lexa représentait un espoir incroyable : enfin une lesbienne qui n’est ni à la marge, ni représentée de manière stéréotypée, ni définie uniquement par sa sexualité. Enfin une relation LGBT qui concerne le personnage principal de la série (à ce stade, je pense que c’est difficilement contestable), et qui plus est se fait sans grand moment de coming out, sans mention particulière du caractère homosexuel de cette relation, bref la normalisation la plus complète imaginable : Clarke est et a toujours été bisexuelle et sa relation avec une autre femme est un non-événement. Enfin, enfin autre chose que le personnage lesbien nécessaire à la diversité. Et cela dans une série de la CW, une série on ne peut plus mainstream, regardée par énormément de gens, et qui ne se présentait pas d’emblée comme une série « pour les queer » ou avec son personnage gay. (Il n’y a absolument rien de mal à faire cela, c’est juste bien que les deux existent, qu’on ne commence pas à faire une sorte de « ségrégation » avec des séries pour minorités).

Bref, c’est tout cela qui fait que la mort de Lexa a été ressentie comme une insulte, et même une gifle, par de nombreux fans. Et c’est pour cela que certains en étaient arrivée à une position se résumant à « n’importe qui sauf Bellamy ». Car mettre Clarke en couple avec Bellamy aurait été donner raison à de nombreux biphobes et homophobes. Non pas dans l’absolu, mais juste vis-à-vis de la communauté de fans. C’est triste mais c’est la réalité, et je crois bien que c’est cela qui doit expliquer les événements de la saison 7. Moi-même, je ne doute pas que le personnage de Bellamy ait pu être d’un grand réconfort pour de nombreux fans, qu’ils s’y soient attachés émotionnellement, qu’ils aient participé au fandom avec beaucoup de bonheur. Néanmoins, il y avait chez les fans de Lexa ce petit truc en plus, cet espoir et cette satisfaction qui faisaient chaud au cœur. Qui faisaient que je me levais tôt le vendredi matin pour pouvoir regarder l’épisode avant d’aller en cours. Et qui ont été absolument anéantis au moment de sa mort.

Heureusement, les temps ont changé depuis 2016 (pour le meilleur et pour le pire). La mort de Lexa apparait presque comme un mal nécessaire afin de mettre en exergue les pires travers scénaristiques et biais cognitifs des séries télévisées. (La série Wynonna Earp a d’ailleurs détourné ce trope du Bury Your Gays de manière absolument brillante !) Je suis plutôt satisfaite de l’apparition de Lexa dans le dernier épisode de la série qui évite un nouveau queerbaiting qui aurait été facile, tout en reconnaissant la dette qui lui est due. Mais je regrette qu’on n’ait pas pu faire la même chose avec Bellamy, qui a tout de même été un personnage principal de la série pendant 7 saisons ! A la place, on nous laisse sur un goût d’inachevé, comme si la meilleure fin était celle qui ne satisfait personne, celle qui ne réconcilie personne, et qui sous-entend que l’opposition Lexa VS Bellamy était légitime…

My problem with Glee (and other plot-driven shows)

Ever since it was announced that Naya Rivera had gone missing, and then revealed that she had tragically drowned saving her son, I have found myself thinking a lot about that show that I used to watch in high school. What I liked about it, but also what I disliked and why I eventually stopped watching it.

One thing I often find myself criticizing in this show is both its lack of continuity and the fact that certain things seem to keep happening. For instance, Quinn, my favorite character, gets pregnant in season 1 and through this she learns several things: the most important thing in the world is you and not men, popularity is not what matters the most, bigotry is harmful, real friends are those who stick with you through it all and maybe she didn’t love her boyfriend Finn all that much. Yet, season 2 happens and with it we see Quinn rejoining the Cheerios, turning into a bitch once again, and resuming her relationship with Finn in an extremely unbelievable twist. And don’t get me started on seasons 3, 4 and 5! That’s when I look at my screen and think “how can I care about you people?”, an issue I have also had with other shows like Pretty Little Liars or The 100.

Shows whose writers did not seem to have a specific plan of what would happen next, except maybe for the first few seasons, and, it seems, found themselves renewed and completely out of ideas. They thus resorted to incredibly implausible plot twists to try and keep the show entertaining, at the risk of contradicting themselves and destroying their core meaning or that of their characters. They kept stitching each new season, each new storyline, to the quilt, turning it into increasingly incoherent patchwork.

This is what the YouTuber Passion of the Nerd would call plot-driven episodes, as opposed to character-driven ones. It is when things happen because the writers want or need them to, and not because of the characters’ personalities and histories. The problem with plot-driven episodes is that they make it harder to relate, to care, about the characters. On the contrary, character-driven episodes deepen our relationship with them and help making them believable.

The problem with Glee was that Brittany’s stupidity fluctuated between episodes, that Sam had dated more than half of the girls of the show, that Sue kept turning nice and then mean again, and, most of all, that the characters rarely seemed to learn from their mistakes because they were, more often than not, already forgotten by the next episode.

Apart from mere continuity, it is the idea that the characters’ actions will have lingering consequences that gives weight to their feelings and experiences, that makes them feel real. It is the fact that the trauma will come back, that they’ll remember that joke from two years ago, that they’ll mention that long-gone and/or background character that makes us care about what happens to them. Their lives are connected to the time and space continuum. They may go through changing experiences and evolve, but, at core, they remain the same people. And, as we get to know them, they become like friends, we can hear their voices, characteristic and individual, sing their story; and we also notice when they sound off/out-of-tune. Something that, I believe, Joss Whedon (among others) does incredibly well. He’s also proven that it is possible to remain true to your characters while also creating a lot of suspense and providing new perspectives and new ways of doing things.

You never know who will live or die in his shows and to say that the viewer is often taken by surprise would be a huge understatement. But the characters’ actions (often) make sense and the events of previous seasons are as relevant to them as they are to us. On the other hand, though Glee tried to surprise me, it never quite could. I always knew that Rachel would end up becoming a big Broadway star, that Kurt and Blaine would end up together despite everything that happened between them, that Emma and Will would get married and have children even though their relationship is toxic in many ways. In an incredibly twisted way, the only time when Glee did something that was genuinely surprising and that rang true was after the death of Cory Monteith. Only then was it forced to do something different. It is a sad truth that it took a cast member dying for them to give up on their plan to have Rachel and Finn marry after all the bad stuff they had gone through. This time, they had to find a backup plan, which made things slightly less predictable. Because, in the end, the lack of continuity only made the show, paradoxically, more predictable. If the characters are ready to forget all mistakes and never really mature, then what could keep me from expecting the end to look like exactly what I had in mind from the first episode?

This predictability may be comforting for some people, but this is not what real life is like. And this is why these characters remain incredibly superficial for me. So why keep watching if I can find something better?