18/02/2020 – Deux exemples révélateurs de la culture consumériste américaine

Attention, je parle ici bien de culture consumériste. Dans le sens « société de consommation » et non “consumer society”. On voudrait nous faire croire que cette société nous appartient, qu’elle est synonyme de notre liberté, sans doute même partie intégrante. Comme si cette société n’était là que pour servir le consommateur. Certes, elle tourne bien autour de lui. Mais il est plus souvent le dindon de la farce.

J’ai tout de même le sentiment qu’on est bien mieux lotis en Europe qu’aux Etats-Unis. Déjà, je trouve que le consumérisme est bien moins omniprésent. Je pense aussi que le consommateur européen est mieux informé et protégé que le consommateur américain. Parmi les obligations légales qui nous facilitent la vie et qui me manquent tant aux Etats-Unis :

– l’affichage des prix au kilo dans les magasins : il est tellement plus facile de comparer le prix de deux produits lorsque cette information est indiquée et qu’on n’a pas à la calculer soi-même, surtout quand le packaging mentionne aussi une quantité gratuite pour bien nous embrouiller encore plus

– la composition des produits indiquée en pourcentage : bien sûr, en France aussi ils aiment nous indiquer leur composition « par portion », portion qui est totalement aléatoire et arbitraire, et à laquelle on aime souvent rajouter – notamment sur les paquets de céréales – une quantité tout aussi arbitraire de lait, histoire de bien rendre les chiffres incompréhensibles. Heureusement, il y a toujours cette colonne « pour 100 grammes » qui permet d’y voir un peu plus clair

Deux autres exemples aussi insupportables pour une européenne, mais bien plus justifiés : les pourboires (liés à l’absence de revenu minimum digne de ce nom dans la restauration ainsi qu’à une habitude culturelle profondément ancrée) et le fait que les taxes ne soient jamais incluses dans les prix, sauf pour l’alcool (elles sont trop fluctuantes, et encore une fois cette habitude est bien ancrée pour les américains). Je déteste cette impression constante de me faire avoir car je dois toujours payer plus que ce dont j’avais eu l’impression au début.

Down Post Avenue at Night, Alone

It’s only a forty minutes’ walk
But it’s a lot for most Americans
Even I rarely walk that much in Paris
Here it’s dangerous

I just saw Parasite
I don’t know if it’s because it’s still lingering in my brain
But I feel like this is not real life
Like I’m not me
Like I’m playing role

No one here knows who I am
I could be one of those wealthy San Franciscans
Or one of those poor people
But really neither
I’m something in between
Lost in the nothingness of that betweenness

Walking alone, among these people
Only stopping at red lights
I feel like I know what it’s like to be in the margins
To be slipping through the cracks

The streets are different than during the day
Even though they’re the same
There’s a different vibe
They’re mostly empty, quiet somehow
Only a few homeless people here and there
I wonder if people think I’m one of them
Because of the way I’m dressed – a hoodie, converse shoes
Because I’m walking alone in the night

I don’t want to seem like one of them
So I hold my head up high
And try to look curious and amused by my surroundings
To show how exotic it all is
And how I don’t belong here, I’m just passing through
They’re drunk, high, crazy
They can’t walk straight
And I remind myself that I’m a girl, young, white, blond
People can see I’m not one of them

There’s bread on the floor
Don’t step on the bread, he says
The joke doesn’t come at first
And then it’s the English that doesn’t
(We) don’t wanna make it dirty, I say
I wonder if he heard my we,
Or if he just thought I was the subject in this sentence

Then I reach a richer place
Bars, music, people outside on the phone
Eating, drinking, having fun
I think of the flood in the movie
And the rich family’s party on the next day
Two worlds apart, neatly separated
When they really are juxtaposed

A collage
The only way art can try to not be artificial
When it is being its most artificial
To reveal that all boundaries are artificial

You can try to stop things from overflowing into one another
You can draw lines
But you can never forget
That all things must converge
And so I make them converge
Because then I become the glue
That holds it all together
Then I’m not crazy
Merely post-modern

I think of my mind, my I/eye
As a filter
For some reason this reminds me of a cigarette
Are my thoughts my own poison?

People speak French
You tèking ze kèze?

I pass by the Academy of Art University
It looks fancy enough, like the other buildings here
There’s a homeless guy sleeping at the entrance
I think that it really represents the city of SF
The violence of inequalities
Like in the movie
The way we constantly collide
How it will end badly
It’s the only way
I see Hermès
And remember we are no different in Paris

I reach Montgomery Street
Finally
It’s late

Having fed my hungry eyes
And worked up my restless mind
I made it to the bus
That’ll take me safely
Back to Oakland

13/11/2019 – Les Etats-Unis

Exactement trois mois que je suis aux Etats-Unis. Je le soupçonnais par le passé, mais je le sais désormais : ce pays n’est pas pour moi. Je l’aime pour son exotisme, pour ses excès, pour la fascination qu’il exerce sur moi. Mais ce ne sera jamais mon chez moi.

J’ai remarqué plusieurs grandes tendances qui font partie de ce que certains appelleraient la « mentalité » américaine. Je les connaissais déjà toutes plus ou moins, notamment à travers mes cours de civilisation américaine, mais désormais elles se vérifient.

L’une d’entre elles c’est la notion de danger comme quelque chose de familier, voire même de normal. Dans ce pays, le danger, sous toutes ses formes, est omniprésent. On est en danger à cause du port d’armes. On est en danger à cause de toutes ces substances chimiques utilisées dans l’alimentation ou d’autres produits de consommation. On est en danger à cause de la criminalité qui est relativement banale (en particulier à Oakland). On est en danger si on se promène seul le soir dans la rue. On est en danger car des animaux sauvages vivent à deux pas. On est en danger car les accidents de la route sont bien plus courants. On est en danger car sur la route il n’y a pas toujours de trottoir pour circuler en toute sécurité. Et ça fait partie de la vie, c’est simplement une réalité à accepter.

Une autre notion omniprésente et qui m’est difficilement supportable : la société de consommation. Les Etats-Unis sont un pays capitaliste, et gare à qui tenterait de l’oublier. Les injonctions à consommer sont partout dans la rue. C’est ça le rêve américain : la liberté de consommer. Tout n’est que magasin ou restaurant. Tout n’est que marque ou chaîne, standardisé au possible. Et si la marque est trop chère, ce n’est pas grave, il y a une solution pour ça : les magasins au rabais. On y achète aussi des marques mais moins chères. Comme pour dire aux plus pauvres « ça ne fait rien, vous aussi vous pouvez faire partie de la fête de la conformité. Et plus tard, quand vous aurez plus d’argent, vous pourrez vous payer la vraie marque directement. » “The real thing” Comme s’ils s’élevaient socialement et économiquement à travers leur consommation de marque. Comme si c’était la chose à laquelle on devait tous aspirer : posséder un t-shirt blanc uni uniquement orné du symbole tribande. Ça vend du rêve ! Tout est fait pour vendre et tout est bon pour vendre. Ad nauseam.

Un autre problème que j’ai avec le capitalisme c’est que tout est ramené à son prix, à ce qu’il peut rapporter. Ce système universitaire et ce système de santé – bien plus étroitement liés qu’on ne le pense de prime abord – qui essaient de faire un maximum de profit, excluant au passage les plus défavorisés. Quelle plus-value va-t-on pouvoir faire sur chaque compresse utilisée pendant l’opération qui sauvera une vie. Quel examen vaguement utile on va pouvoir prescrire au patient inquiet. Et comment on justifie les coûts exorbitants en évoquant la qualité du soin ou de l’enseignement dispensé. Comme si l’excellence devait se facturer.

Directement issu de ce capitalisme, l’esprit de compétition qui aggrave encore les inégalités. On note tout, y compris les écoles, et on inscrit son enfant dans la mieux notée, quand on a les moyens de se la permettre. Et puis du coup on demande à ce qu’elle soit financée, au détriment de l’école publique défaillante dont le niveau ne cesse de chuter puisqu’il n’y a aucune diversité socio-économique (ou raciale, puisque dans ce pays ce n’est pas un gros mot). La ségrégation a beau être interdite, il vaut quand même mieux que tout le monde reste bien à sa place.

Cet esprit de compétition qui s’infiltre dans de nombreuses autres situations. Les collègues qui se tirent dans les pattes au lieu de se soutenir, les gens qui dénoncent les autre pour des broutilles, et ce sourire toujours aux lèvres. Ce que bon nombre de français appelleraient de l’hypocrisie. Ce que bon nombre d’américains considèrent comme de la politesse.

Bien sûr il y a des choses que j’apprécie énormément dans ce pays, comme la variété de cultures, le côté avenant des gens, cette merveilleuse habitude d’organiser des événements collectifs, cette positivité dans l’éducation des enfants. Mais ça ne suffit pas à calmer ma nausée, celle qui me prend quand je vois tout cet individualisme et ce consumérisme.

Plus que jamais : je suis française et européenne, et fière de l’être. Ma place est en France, dans mon pays. Pas seulement mon pays de naissance, mais aussi le pays que désormais je choisis, parmi toutes ces autres possibilités. Celui dans lequel je reconnais mes valeurs.

C’est sûrement aussi pour ça que je suis si fascinée par les Etats-Unis. Pour leur différence qui m’interpelle, m’amène à questionner mes valeurs et mon modèle, et me pousse dans mes retranchements.